Présidentielle du 11 mars : Nouakchott à l'aube
Pendant cette période de l'année, la nuit se prolonge jusqu'à 6h30mn, l'heure de la prière de l'aube. Les PC de campagne n'ont pas pu se retenir jusqu'à l'accomplissement
Pendant cette période de l'année, la nuit se prolonge jusqu'à 6h30mn, l'heure de la prière de l'aube. Les PC de campagne n'ont pas pu se retenir jusqu'à l'accomplissement de ce devoir religieux qui marque généralement le coup d'envoi de la journée. Déjà avant la prière, les voitures mobilisées pour cette occasion sillonnent les rues de la capitale dans tous les sens, transportant les premiers électeurs. Rien, pourtant, ne semble différencier cette journée des autres, seuls les portraits géants des 19 candidats à l'élection présidentielle, encore accrochés ici et là, trahissaient cette impression. Ce moment, très important dans la vie d'une nation, les nouakchottois paraissent l'aborder dans la sérénité la plus totale.
Sorti directement de la mosquée, Mohamed, un homme mûr, drapé dans son turban, se tient debout sur la chaussée. Il cherche à atteindre (pendant qu'il est temps) le bureau 61 de la Moughataa de Arafat où il doit accomplir son droit civique. Comme tous les grands jours -voire tous les jours-, la ville connaît le problème de transport même si cette préoccupation nouakchottoise n'a pas été l'un des thèmes galvanisateurs de la campagne. Arrivé à son bureau, logé à l'intérieur du siège de la mairie, notre bonhomme est surpris de voir que le rang des prétendants au vote était déjà impressionnant. Les électeurs ont été, en effet, mobilisés de venir dès les premières heures afin d'être les premiers servis et, pourquoi pas, vaquer à autre chose.
Non loin de là, Diallo, un jeune homme à la silhouette frêle, essaie depuis 6h du matin de regagner le bureau dont il est membre et qui se trouve à l'entrée du quartier Basra, un prolongement des anciens quartiers populaires du 5ème et du 6ème. Cette destination, très peu prisée chez les transporteurs, est handicapée ce jour du vote par le fait que presque tous les transports publics avaient été réservés par les directions de campagnes des différents candidats, tant il est vrai que l'idée répandue est que la bataille du transport est la plus importante ce jour là...et qu'elle est le seul enjeu après la fin de la campagne.
Cette certitude des concurrents a pénalisé Diallo, un demandeur d'emploi qui a été désigné membre d'un bureau de vote et qui n'a pas encore perçu le maigre pactole (quatre mille ouguiyas) destinée à cette tache par l'administration à Nouakchott.
Devant ce bureau 16 à El Mina, plusieurs rangs d'électeurs s'étaient déjà constitués, ce qui fait dire à un observateur que, eu égard à cette forte mobilisation à cette heure de la journée, le taux de participation devrait être important. Cet indicateur de vote, très attendu pour apprécier l'opération, ne semble pas pourtant émouvoir Mahmoud qui, souriant, s'acharne, lui aussi, pour cette élection et cherche à atteindre rapidement le bureau 2 implanté au sein du collège de la Kebba...et pas seulement accomplir son droit, mais surtout voter "librement" pour le candidat de son choix.
Tout ce monde qui s'active, mais qui garde son calme, reflète un certain engouement des population et une adhésion, somme toute totale, à cette phase ultime du processus de transition qui arrive, contre vents et marées, à son terme... ce sera, en effet, la première fois dans notre pays d'aborder une élection dont l'issue n'est pas connue d'avance.
