Le défi du succès de l'expérience démocratique, l'effet suivra
La campagne électorale pour l'élection présidentielle démarre le 23 février à 00 heure. 19 candidats dont huit proviennent des partis et onze sont indépendants
La campagne électorale pour l'élection présidentielle démarre le 23 février à 00 heure. 19 candidats dont huit proviennent des partis et onze sont indépendants vont tenter de gagner la confiance de 1.130.604 électeurs. L'élection du 11 mars constitue la dernière étape de la transition entamée le 3 août 2005. Une transition qui a permis d'adopter le 25 juin 2006 des amendements constitutionnels garantissant l'alternance pacifique et limitant à cinq ans, le mandat présidentiel renouvelable une seule fois.
Cette transition survenue après de persistantes tensions ayant marqué notre pays (en raison des méfaits du pouvoir personnel, de l'arbitraire, de l'autoritarisme et de la gabegie), a permis, en plus des amendements constitutionnels, d'organiser des élections municipales et législatives (en novembre, décembre 2006/janvier 2007) dont les résultats ont été crédibilisés par les acteurs politiques mauritaniens et les observateurs nationaux et internationaux.
Le président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, Chef de l'Etat, a affirmé le 9 février à Sélibaby, et auparavant, au cours du VIème congrès des maires, que la future présidentielle tout comme les consultations qui l'ont précédé, se déroulera dans la transparence, l'honnêteté et la neutralité de l'Administration. Les déclarations du Chef de l'Etat intervenaient à un moment où la Coalition des Forces du Changement Démocratique (CFCD, regroupant 8 partis et 2 organisations) manifestait son mécontentement devant ce qui a été perçu comme une tentative des autorités de la transition d'influer l'électeur au profit d'un candidat donné au détriment de ses concurrents et même, à l'appel au vote neutre (bulletin blanc).
Les développements de la scène politique durant les semaines écoulées, ainsi que les textes adoptés sont venus couper court à toutes les interprétations. Les contacts qui ont eu lieu entre les hautes autorités et les acteurs politiques, notamment ceux de la CFCD, auront en définitive, dissipé les malentendus et fait baisser la charge de tension qui habitait le discours des politiques, lesquels, ont évolué, des propos acerbes, vers des déclarations plutôt conciliantes. Faut-il rappeler qu'une ambiance de tension similaire avait précédée les élections municipales et législatives en raison de ce qui avait été appelé à l'époque, "la vague des indépendants et le soutien que leur apporte les autorités".
Les précisions apportées par les autorités sur leur position qui est à équidistance des acteurs, confortées par le reflet d'une telle position au niveau des résultats de ces consultations, a finalement effacé de l'imaginaire des mauritaniens, les séquelles d'un tel débat qui surgit à tort ou à raison, chez leur classe politique, à la veille de chaque consultation. Malgré l'importance de l'élection présidentielle, les électeurs ne montrent pas pour le moment, au moins, un grand intérêt pour l'événement, peut être, en raison de la prédominance des critères autres que les programmes électoraux et les convictions; peut être en raison de l'analogie des programmes des candidats (s'il y en a), ou des séquelles du désespoir et des accumulations liées au non respect des engagements.
Le sentiment dominant au niveau de la crème de l'électorat mauritanien est que tous les problèmes sont causés par l'élite politique pour laquelle le pouvoir, l'argent et l'influence priment sur la patrie et les intérêts supérieurs de la Nation. Pour la future élection présidentielle, les observateurs estiment que l'issue du scrutin ne sera pas tranchée au premier tour. Ils s'attendent à ce que des candidats désistent au profit d'autres, avant ou au cours, de la campagne électorale.
Ceux qui pensent ainsi, avancent que la multitude des candidatures (19) constituent une sécrétion de l'insatisfaction vis à vis d'un acteur ou d'un autre, d'un certain souci de paraître, de l'exhibitionnisme, du marketing de l'acte de candidature, si ce n'est une tentative de conservation d'un statut durement éprouvé par la transition ou le nihilisme et la nostalgie de l'avant 3 août, pour certains. L'appréciation de telles attaches ne divergent pas fondamentalement aux yeux des observateurs s'agissant des catégories de candidats.
Au niveau d'une large frange de l'opinion nationale, il est évoqué à ce sujet une "tendance aventureuse", une " politisation de la religion", un " discours de la haine", un " machiavélisme structurel"; certains sont taxés tant à gauche ou à droite, de sensibilité "négro-africaine ou arabiste", certains sont perçus proches du "vieux continent" sinon du "nouveau monde" alors que d'autres restent, nulle part, cernables.
Malgré tout, l'espoir est permis pour une campagne électorale convenable, où les discours ne succombent pas au dénigrement et à la diffamation notamment avec l'absence de divergence notoire dans les programmes. La maturité du discours constitue le premier indice du succès du futur scrutin, quelqu'en sera le gagnant. Ceux qui sont attachés à l'avenir de la démocratie n'accordent pas d'importance à la victoire ou à la défaite d'un candidat, le vrai défi pour eux, c'est le succès de l'expérience démocratique. L'effet suivra.
