Covid-19: Combattre l’infodemie pour arrêter la pandémie

«L’un des ennemis les plus redoutables de la lutte contre le Coronavirus, c’est ce que l’on appelle infodémie», a déclaré Dr Abdou Salam Gueye, représentant de l’OMS en Mauritanie, dans une récente interview à Horizons
Covid-19: Combattre l’infodemie pour arrêter la pandémie
«L’un des ennemis les plus redoutables de la lutte contre le Coronavirus, c’est ce que l’on appelle infodémie», a déclaré Dr Abdou Salam Gueye, représentant de l’OMS en Mauritanie, dans une récente interview à Horizons. Les mails, les sites web, les blogs, les réseaux sociaux…la toile, à l’échelle mondiale, a servi de caisse de résonnance aux rumeurs et fake news les plus invraisemblables sur le nouveau coronavirus "2019-nCoV", renommés "Covid-19". Dès la détection des premiers cas de Covid 19 à Wuhan, à l’Est de la Chine, les premiers Fake news sont diffusés. Sur les réseaux sociaux, certains sites web…on lisait: «le virus a été intentionnellement fabriqué dans un laboratoire». Les moins complotistes écrivaient «le virus est né accidentellement dans un laboratoire». Les chinois, parceque la maladie est partie de leur pays, étaient objet de stigmatisations. Une vidéo, largement partagée sur Facebook et autres réseaux étaient ainsi légendée: «en Mauritanie, un homme dans la rue, s’est évanoui. Des gens se sont rassemblés pour l’aider et ont découvert qu’il était chinois…. Cliquez et regardez la suite». La suite, c’est une foule en débandade. En février 2020, l’AFP titre «Non, cette vidéo ne montre pas de mauritaniens fuyant à la vue d’un chinois par crainte du Coronavirus». La preuve: Grace à son outil d’analyse vidéo, INVID, l’AFP découvre que «la vidéo en question circule sur internet depuis le 15 juillet 2019, au moins. C’est-à-dire bien avant l’apparition de l’épidémie.» La cause de la débandade sur la vidéo était donc autre chose que le Covid 19. Seulement, autant la vidéo a été virale, autant le démenti de l’AFP a été peu vu et peu commenté. C’est la grande difficulté des rumeurs et fak news. Sur les réseaux sociaux, la vérité est en effet impopulaire car, la rumeur, «n’a pas besoin d’être vraie ou fausse. Elle a juste besoin d’une atmosphère, d’un terrain favorable à sa propagation». Dans l’incertitude et la peur face à une maladie soudaine et inconnue, a défaut d’explications, le public cherche au moins des coupables. Le 20 janvier 2020, après confirmation des contaminations interhumaines, le directeur général de l’OMS, sur avis d’un comité d’urgence, déclare que le COVID 19 constitue une urgence de santé publique mondiale. Le 03 février « L’OMS diffuse le Plan stratégique de préparation et de riposte de la communauté internationale pour aider à protéger les États où les systèmes de santé sont fragiles». Un mois plus tard, «Profondément préoccupée à la fois par les niveaux alarmants de propagation et de sévérité de la maladie, l’OMS estime que la COVID-19 peut être qualifiée de pandémie». La pandémie, hélas, se développe en même temps que l’infodemie. Sur Internet, il est question de transmission du covid19 par les moustiques, de remèdes de tous genres… La politique du déni Les fausses informations sur la maladie sont confortées par le négationnisme médical de certains politiciens et mêmes chefs d’Etat. En février 2020, Donald Trump prédit la fin de la maladie, sans coup férir: ««D'ici avril, ou au cours du mois d'avril, la chaleur en général tue ce genre de virus» déclare-t-il. En Afrique, la rumeur qui expliquait le faible taux de contamination par le climat chaud, est renforcé par le déni du chef de l’Etat de la première puissance militaire et économique du monde. Les prédictions de Trump ont été démenties par la réalité. Son pays est l’un des plus endeuillés au monde du fait de la pandémie. Le déni est aussi présent sur les réseaux sociaux mauritaniens. «Le corona n’existe pas» écrivent certains sans autres précisions. Les plus audacieux, accusent le gouvernement mauritanien de gonfler le nombre de morts pour « avoir des financements». Ce genre d’énormités, hélas, ne vient pas seulement des analphabètes. «Le Corona virus, c’est comme le «cadre stratégique de lutte contre la pauvreté ou la «stratégie de croissance et prospérité accélérée qui permet de capter des financements» déclare, avec emphase, devant une assistance, un «intellectuel, très «instruit». «Un vaccin contre le corona virus est à l’essai en Mauritanie et dans d’autres pays» Cette affirmation, à travers vidéos et textes, a été largement partagée par des internautes mauritaniens. Et, toujours accompagnée de commentaire, genres «nous servons de cobaye…». Les rumeurs et fake news sur ces tests ont été tellement insistantes que le ministère mauritanien de la santé a jugé nécessaire d’apporter un démenti officiel. Apres le démenti, le ministère, par un tweet, «à travers la direction générale de la santé, a demandé aux citoyens de s’abstenir de publier des informations qui n’émanent pas des sources officielles concernées». Le président de l’assemblée nationale, à l’ouverture d’une session du parlement, a, lui aussi, «demandé aux citoyens d’éviter tout ce qui est de nature à perturber l’action de ceux qui sont au premier plan dans la lutte contre le coronavirus». Le vaccin n’échappe pas aux rumeurs Les rumeurs et fausses nouvelles s’attaquent aussi à la perspective des vaccins anti-Covid 19. La Mauritanie est membre de l’initiative COVAX «pour un accès équitable au vaccin» qui a pour objectif de vacciner 20% de la population de chaque pays qui y adhère. Mi-décembre, le premier ministre mauritanien, Mohamed Bilal Messoud, annonce que, dans le cadre de l’initiative COVAX, la Mauritanie obtiendra 20% de ses besoins en vaccin anti Covid 19 au début 2021». Cette perspective de vaccin a subi les attaques des pourvoyeurs de rumeurs et fake news. Sous l’écrit d’un jeune internaute mauritanien qui suit avec intérêt l’évolution de la pandémie dans son pays et informe habituellement juste, on peut lire les commentaires suivants: « «les riches sont les seuls accrochés à la pandémie de covid car c’est eux les plus vulnérables. Nous les pauvres, nous avons appris que le jeun immunise le corps car nous mangeons peu et travaillons beaucoup» ou « «Bon courage aux cobayes qui vont accepter de se faire injecter un produit sur lequel il n’y aucun recul». Riposte contre les fausse nouvelles Refus de port du masque, refus de respecter les gestes barrières, organisation de cérémonies de mariages et autres et regroupements, défiance par rapport au vaccin…les rumeurs, fausses information et dénis gênent considérablement les actions de sensibilisations contre la pandémie. C’est pourquoi, le ministère mauritanien de la santé a mis en place une stratégie «pour gérer et contrecarrer les rumeurs, par la recherche de leurs sources et par la diffusion des informations exactes». «Les informations inexactes se répandent vite et largement, de sorte que le public a du mal à distinguer les faits et les conseils vérifiés provenant de sources fiables telles que l’autorité sanitaire locale ou l’OMS». C’est sur la base de ce constat que l’OMS a mis à la disposition du public des méthodes pour «signaler les information erronées en ligne». Des méthodes applicables sur tous les réseaux sociaux. En septembre 2020 une déclaration commune signée OMS, Nations Unies, l’UNICEF, PNUD, l’UNESCO, ONUSIDA, UIT, Initiative Global Pulse et FICR définit l’infodémie comme «une surabondance d’informations, tant en ligne que hors ligne. Elle se caractérise par des tentatives délibérées de diffuser des informations erronées afin de saper la riposte de santé publique et de promouvoir les objectifs différents de certains groupes ou individus. Les informations fausses et trompeuses ainsi diffusées peuvent nuire à la santé physique et mentale des individus, accroître la stigmatisation, menacer de précieux acquis en matière de santé et conduire à un non-respect des mesures de santé publique, réduisant par là-même leur efficacité et compromettant la capacité des pays à enrayer la pandémie». Dans la même déclaration, il est constaté que «La diffusion d’informations fausses coûte des vies. S’il n’existe pas un climat de confiance et si l’on ne diffuse pas des informations justes, la population n’utilisera pas les tests de diagnostic, les campagnes de vaccination (ou de promotion de vaccins efficaces) n’atteindront pas leurs objectifs et le virus continuera à se propager». Le Secrétaire général des Nations Unies a lancé en avril 2020 «l’initiative de réponse des Nations Unies en matière de communication pour lutter contre la propagation d’informations fausses et trompeuses». Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2020, les États Membres de l’OMS «ont adopté la résolution WHA73.1 sur la riposte à la COVID-19. Cette résolution reconnaît que la gestion de l’infodémie constitue un élément essentiel de la lutte contre la pandémie de COVID-19: elle appelle les États Membres à proposer un contenu fiable concernant la COVID-19, à prendre des mesures pour lutter contre la diffusion d’informations fausses et trompeuses et à tirer parti des technologies numériques pour la riposte dans son ensemble». Khalilou Diagana

Sujets similaires

Voir plus

Archives

Cours de change

Devise de base : MRU

DeviseAchatVente
€ Euro 44,4245,77
$ Dollar américain 39,5240,73

Mis à jour le 24/10/2026 00:02