Le ministre des pêches répond à une question orale d'un sénateur
Le Sénat a tenu, vendredi soir avant la clôture de la session parlementaire ordinaire 2014-2015, une séance plénière consacrée à la réponse du ministre des pêches et de l'économie maritime à la question orale qui lui a été adressée par le sénateur Mohamed

Le Sénat a tenu, vendredi soir avant la clôture de la session parlementaire ordinaire 2014-2015, une séance plénière consacrée à la réponse du ministre des pêches et de l'économie maritime à la question orale qui lui a été adressée par le sénateur Mohamed Ould Ghada.
La question du sénateur était la suivante: " Les établissements privés et les investisseurs nationaux intervenant dans le domaine des pêches connaissent un recul dû au manque d'appui, de la part du secteur, à ces établissements et à la non prise en considération des conditions négatives découlant de votre politique dans ce domaine. Une telle situation a conduit à l'effondrement de beaucoup d'importantes sociétés nationales qui jouaient des rôles importants dans la création de nombreuses opportunités d'emplois et le développement du secteur privé opérant dans le domaine de la pêche maritime.
La question posée est la suivante: Comment les nouvelles politiques en matière de pêche se sont répercutées négativement sur les investisseurs nationaux intervenant dans le secteur et est ce que les sociétés étrangères ont respecté leurs engagements, notamment la société chinoise soulevant beaucoup de polémique?
Répondant à la question, le ministre des pêches et de l'économie maritime, M. Nany Ould Chrougha a indiqué qu'il est honoré de s'adresser au Sénat pour répondre à cette question orale.
Il a ensuite remercié "l'honorable sénateur Mohamed Ould Ghada pour lui avoir donné la précieuse occasion" d'informer le Sénat des politiques suivies par le département des pêches et de l'économie maritime en général et des avantages qu'offre l'Etat pour encourager les investisseurs.
Le ministre a ensuite livré des données générales sur le secteur, soulignant dans ce cadre, que la Mauritanie dispose d'une façade maritime longue de 720 km et d'une zone maritime des plus poissonneuses du monde offrant une occasion précieuse pour le développement du pays.
Il a en outre précisé que cette zone constitue l'une des zones connues pour la diversification des espèces de poisson qui y vivent, soulignant que le potentiel de poisson disponible est estimé, selon les recherches scientifiques, à 1 800 000 tonnes de poisson par an.
Il a noté que les mauritaniens ont pendant longtemps tourné le dos à la mer, à l'exception de certains groupes locaux qui pratiquaient la pêche à des fins de subsistance, précisant que le développement de la pêche n'était en tout cas pas une priorité de l'Etat moderne naissant.
Le ministre a ajouté que ce n'est qu'après la première décennie de l'indépendance nationale que le pays a connu ses premières politiques sectorielles qui ont permis d'enregistrer certains succès mais aussi de connaître des échecs.
Il a précisé qu'en 2009 et après l'élection du Président de la République, Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, de nombreuses réalisations ont vu le jour. Ces réalisations, a-t-il dit, ne se sont pas limitées à la façade maritime mais se sont plutôt étendues à la pêche continentale et fluviale à travers la création d'un quai à N'Tekane, première réalisation de pêche fluviale à voir le jour dans le pays depuis l'indépendance nationale. Une telle réalisation est de nature à permettre l'exploitation de nos ressources fluviales.
Il a en outre noté la dynamisation des activités de la cellule de gestion de pêche continentale de M'Bout pour l'approvisionnement des wilayas du Gorgol et du Guidimakha en poisson.
En ce qui concerne la pêche artisanale, le ministre indiqué que partant du fait que le mécanisme de production utilisé actuellement entrave le développement de ce sous secteur et constitue un obstacle psychologique devant l'accès des mauritaniens à cette activité, l'Etat a lancé en 2012 un ambitieux programme pour la construction de 100 bateaux de pêche côtière conçus suivant nos caractéristiques culturelles et remplissant les normes de sécurité et de confort, soulignant que 10 de ces bateaux ont déjà été construits.
Tout récemment, a précisé le ministre, ce projet a été transformé en société mauritanienne de construction navale disposant de larges prérogatives qui permettront, outre la construction de bateaux, de réaliser d'autres choses, notamment dans le domaine de la sécurité, du contrôle et de l'inspection maritime, en plus de la réparation navale.
Il a indiqué qu'en plus de cela, un inventaire des pirogues existantes a été réalisé et les points de débarquement ont été fixés, soulignant que le nombre des pirogues en activité aujourd'hui est de 7660.
Dans le cadre de l'organisation du secteur de la pêche, le ministre a précisé qu'un décret définissant les conditions de l'exercice du métier de mareyeurs a été rendu public. Ce décret, a-t-il dit, limite l'exercice dudit métier aux mauritaniens, ce qui a-t-il noté a permis la création de centaines d'opportunité d'emplois.
En ce qui concerne le suivi, l'inspection et le contrôle des richesses halieutiques, la transformation de la délégation de contrôle de pêche et d'inspection maritime en un organisme de garde côtes mauritaniennes a permis une meilleure maîtrise de notre zone Economique exclusive (ZEE) et de suivre de manière rigoureuse les activités de pêche.
Le ministre a précisé que pour cette raison, l'Etat a accordé un intérêt particulier pour dynamiser cette force à travers notamment
l'acquisition d'un bateau de contrôle d'une longueur de 62 mètres et disposant de tous les équipements pour une valeur de 11 millions d'euros.
En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté et le renforcement de la sécurité alimentaire, l'Etat a créé un projet de distribution gratuite de poisson aux couches pauvres et vulnérables, at-il noté.
Etant donné l'importance de cette opération, le Gouvernement a créé une société nationale de distribution de poisson dans le but de renforcer les acquis et de généraliser cette distribution sur l'ensemble du territoire national, a dit M. Nany Ould Chrougha qui a précisé qu'au cours de l'année 2014, 6000 tonnes de poisson environ ont été distribuées dans plusieurs wilayas du pays, de façon gratuite ou à des prix symboliques.
Le ministre a souligné que des infrastructures de stockage de poisson seront réalisées dans certaines wilayas du pays pour renforcer les capacités de la société citée plus haut. Dans ce cadre, des infrastructures de stockage sont en cours de construction en Assaba, au Gorgol, au Tagant et au Brakna, a noté le ministre qui a précisé que le poisson est de plus en plus consommé à l'intérieur du pays.
Parlant de l'investissement, le ministre a indiqué que l'Etat a pris un certain nombre de mesures visant à créer un climat d'affaires approprié à la promotion de l'investissement local et à attirer l'investissement étranger dans le secteur. Parmi ces mesures, il a notamment cité un code d'investissement incitateur et la création d'une zone franche à Nouadhibou, en plus des importantes réalisations accomplies au niveau des infrastructures.
S'agissant de l'investissement étranger, le ministre a insisté sur l'intérêt qu'accorde l'Etat pour attirer les investisseurs dans le domaine de la pêche et notamment dans la pêche des espèces de poisson non visées par les mauritaniens, précisant, dans ce cadre, que des conventions ont été signées avec des investisseurs internationaux tels que le Groupe Saoudien Rajihi qui investit 500 millions de dollars et le groupe Hondong.
Il a souligné que les contrats passés avec les investisseurs étrangers sont conclus dans des conditions transparentes, conformément aux cahiers des charges sur l'exécution desquels veillent le ministère et l'ensemble des milieux concernés.
S'agissant de la situation de la société Hondong, elle a déjà investi, dit le ministre, 105 millions de dollars américains, soit 5 millions de plus que l'investissement qu'elle s'est engagée à faire dans le cahier des charges et des obligations.
La société a aussi réalisé toutes les infrastructures qui étaient décidées, a dit le ministre qui a noté que depuis le lancement de ses activités en 2012, les captures de la société en poisson ont atteint 25 000 tonnes, soit moins de 17% de la quantité qui lui attribuée et qui est de l'ordre de 100 000 tonnes par an.
Pour renforcer ces acquis et orienter l'action du Gouvernement visant l'application du Président la République durant son deuxième mandat, le département des pêches et de l'économie maritime a élaboré une nouvelle stratégie de pêche pour la période 2015-2019 visant à recentrer le rôle de l'Etat sur les missions de souveraineté comme le contrôle, l'inspection maritime et la recherche scientifique, en tant que garant de l'égalité dans l'accès aux richesses et de la distribution juste et équitable des revenus de ces richesses entre tous les citoyens, le département se chargeant, lui, du rôle de régulateur.
Cette stratégie, a dit le ministre, vise:
- un meilleur suivi de la richesse halieutique et de son environnement naturel
- oeuvrer à développer la recherche scientifique et à renforcer ses moyens
- développer le contrôle de la pêche maritime pour lutter contre la pêche illégale non déclarée et toutes les activités illicites de pêche
- renforcer l'inspection sanitaire pour garantir une meilleure qualité à nos produits halieutiques
- adopter un système de quotas et des plans d'aménagement des richesses maritimes pour encourager les investisseurs privés et pour garantir l'accès libre de tous les mauritaniens désirant investir dans le secteur de la pêche. Dans ce cadre, a dit le ministre, le développement de la pêche artisanale et côtière bénéficiera d'une importance particulière.
- développer des unités industrielles de pêche et des usines de transformation aptes à soutenir la concurrence
- développer les affaires maritimes à travers une stratégie de développement du transport maritime et fluvial et adopter un système de sécurité pour les bateaux
- réorganiser la pêche artisanale et côtière pour le transformer en secteur formel
- réorganiser les professions maritimes en mettant en place des mécanismes de solidarité entre les différentes professions.
Enfin, le ministre a indiqué que cette stratégie sera prête pour sa présentation au parlement au cours du premier semestre de l'année 2015.
