Le ministre des affaires étrangères exprime l'inquiétude de (l'UA) vis-à-vis du développement de la situation en Libye
M. Hamady Ould Hamady, ministre des affaires étrangères et de la coopération a prononcé mercredi soir, au nom de la délégation ministérielle du comité ad hoc de haut niveau sur la crise libyenne un discours

M. Hamady Ould Hamady, ministre des affaires étrangères et de la coopération a prononcé mercredi soir, au nom de la délégation ministérielle du comité ad hoc de haut niveau sur la crise libyenne un discours devant le conseil de sécurité.
Dans cette intervention, le ministre a déclaré qu'il s'agit là d'une opportunité unique pour le Comité d'informer le Conseil de sécurité de l'action de l'UA depuis l'éclatement de la crise libyenne, de lui faire part de ses préoccupations et inquiétudes, et de convenir avec lui des voies et moyens de nature à accélérer la recherche d'une paix durable en Libye.
Voici le texte intégral de ce discours:
"Monsieur le Président du Conseil de sécurité,
Mesdames et Messieurs les Représentants permanents des Etats membres du Conseil de sécurité,
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais, d'emblée, m'acquitter de l'agréable devoir de remercier le Président et les membres du Conseil de sécurité, pour avoir bien voulu inscrire à leur ordre du jour cette interaction entre le Comité ad hoc de l'Union africaine (UA) sur la Libye et le Conseil.
La présente rencontre marque, en effet, un jalon supplémentaire dans le partenariat novateur et orienté vers l'action que nous nous employons, dans l'esprit du Chapitre VIII de la Charte, de bâtir entre l'UA et les Nations unies, pour pouvoir répondre avec l'efficacité et la flexibilité requises au défi de la paix et de la sécurité en Afrique. Mes collègues, les membres de la
délégation ministérielle de l'UA, et moi-même nous réjouissons de cette interaction qui est appropriée et opportune.
Comme vous le savez, cette réunion procède de la requête contenue dans la décision sur le règlement pacifique de la crise libyenne, adoptée par la session extraordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de Gouvernement de l'UA, tenue à Addis Abéba, le 25 mai dernier. Il s'agit là assurément d'une opportunité unique pour notre Comité d'informer le Conseil de sécurité de l'action qui est celle de l'UA depuis l'éclatement de la crise libyenne, de vous faire part de nos préoccupations et inquiétudes, ainsi que de convenir avec vous des voies et moyens de nature à accélérer la recherche d'une paix durable en Libye.
Cette interaction participe, au demeurant, de la mise en oeuvre du mandat du Comité ad hoc de haut niveau consistant à oeuvrer à la coordination des efforts et à solliciter l'appui des différents partenaires pour le règlement rapide de la crise.
Mesdames et Messieurs,
La présente réunion avec votre auguste Conseil se tient à un moment critique de l'évolution de la situation en Libye. Le conflit qui déchire ce pays depuis février 2011 entre dans son quatrième mois, alors que l'opération militaire conduite par la coalition, sous la coordination de l'OTAN depuis fin mars, et ce dans le contexte de la résolution 1973 (2011) de Conseil de sécurité des Nations unies, dure depuis près de trois mois, et vient d'être renouvelée
pour une période identique.
Sur le terrain, nous observons une situation humanitaire particulièrement
préoccupante, ainsi que l'a souligné à juste titre la Secrétaire générale adjointe des Nations unies en charge des Affaires humanitaires, Mme Valérie Amos, ici même devant votre Conseil, le 9 mai dernier, puis à Genève, le 19 du même mois. Au moment ou nous nous retrouvons ici pour débattre de la situation en Libye, nous nous devons d'avoir fortement présentes à l'esprit les souffrances indicibles infligées aux populations civiles libyennes, pour la protection desquelles la résolution 1973 (2011) a été adoptée, mais également le sort des travailleurs migrants africains et autres cherchant désespérément à fuir la Libye, avec les centaines, si ce n'est les milliers de morts déjà enregistrées en mer.
La prolongation des opérations militaires en Libye pose, chaque jour, de nouveaux défis tant en ce qui concerne les chances d'une transition démocratique réussie en Libye que la sécurité et la stabilité des pays de la région.
Cette situation interpelle profondément aussi bien les Nations unies que l'UA, dans la mission première des deux organisations s'agissant de la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité. Elle met, encore une fois, en relief l'impératif tant moral que politique de la recherche d'une solution rapide, pour abréger les souffrances de la population civile, créer les conditions d'un retour durable à la paix en Libye et éviter à la région de nouvelles épreuves qui risquent de la plonger dans l'instabilité, avec toutes les conséquences qui en résulteraient.
L'Union africaine est particulièrement préoccupée par la tournure actuelle des
évènements. Notre inquiétude est d'autant plus grande que la crise libyenne a des dimensions régionales évidentes, et que les pays voisins de la Libye, en Afrique du Nord et dans la bande sahélo-saharienne, sont ceux-là même qui subissent le plus l'impact négatif de la situation actuelle et qui paieront le plus lourd tribut à la poursuite et à l'aggravation du conflit.
Des dizaines de milliers de travailleurs migrants africains ont du retourner dans leurs pays d'origine, sans perspective véritable de réinsertion socio économique eu égard aux contraintes de toutes sortes auxquelles nos pays sont confrontés. Et il est évident que le fardeau ainsi imposé à nombre de nos Etats induira forcément des tensions sociales susceptibles de dégénérer en crises politiques.
Les informations crédibles faisant état de la prolifération d'armes provenant
de dépôts libyens ne peuvent que renforcer notre inquiétude, d'autant que certains des pays de la région sont confrontés à des rébellions latentes ou émergent de conflit, additionnellement au fléau du terrorisme.
Nous sommes convaincus qu'en dernière instance, seule une solution politique
permettra de répondre aux aspirations légitimes du peuple libyen et de promouvoir durablement la paix dans ce pays. C'est cette conviction qui informe la démarche qui est la nôtre depuis le 10 mars 2011, lorsque le CPS, réuni au niveau des chefs d'Etat et de Gouvernement, a articulé une Feuille de route pour le règlement de la crise libyenne.
Auparavant, et au regard des développements intervenus en Libye après les premiers soulèvements populaires, notre CPS avait fermement condamné l'utilisation indiscriminée et excessive de la force et d'armes contre des manifestants paisibles, en violation des droits de l'Homme et du droit international humanitaire, lancé un appel aux autorités libyennes pour qu'elles assurent la protection et la sécurité de leurs populations, et souligné la légitimité des aspirations du peuple libyen à la démocratie, à la réforme politique et à la justice.
Excellences,
Mesdames et Monsieurs,
Les principaux éléments de la Feuille de route de l'UA sont certes maintenant bien connus. Il n'en reste pas moins utile de les rappeler, tant il est vrai que des incompréhensions ont pu, ça et là, surgir sur les objectifs poursuivis et les véritables intentions de notre Union. Ces éléments se présentent comme suit: (i) la cessation immédiate de toutes les hostilités;
(ii) la coopération des autorités libyennes concernées pour faciliter l'acheminement diligent de l'aide humanitaire aux populations dans le besoin; (iii) la protection des ressortissants étrangers, y compris les travailleurs migrants africains vivant en Libye et
(iv) l'adoption et la mise en oeuvre des réformes politiques nécessaires pour l'élimination des causes de la crise actuelle.
Clairement, rien dans cette Feuille de route ne saurait légitimement être interprété comme relevant d'une logique de soutien à une partie donnée. Tout au contraire, il s'agit de donner aux Libyens l'opportunité de choisir librement leurs dirigeants et de se doter d'un système politique qui réponde à leurs aspirations et corresponde aux instruments pertinents de l'UA, dans une entreprise salutaire de renouveau et de transformation démocratique
consensuellement conçue et conduite par toutes les sensibilités libyennes.
Depuis son établissement, le Comité ad hoc de haut niveau s'est employé à faciliter la recherche d'une solution politique. L'action entreprise inclut notamment:
- la tenue de plusieurs réunions, tant au niveau des chefs d'Etat des pays
membres du Comité et du Président de la Commission, qu'à celui des Ministres
et du Commissaire à la Paix et à la Sécurité;
- une visite en Libye, les 10 et 11 avril 2011, à l'occasion de laquelle le Comité a rencontré le Colonel Kaddafi et les représentants du Conseil national de transition (CNT), pour des discussions sur la Feuille de route de l'UA et les voies et moyens d'une sortie de crise rapide. Cette visite a été suivie par des rencontres avec les parties libyennes à Addis Abéba, en fin avril et en fin mai 2011, pour poursuivre le dialogue engagé. Ce matin même, avant de venir ici, nous avons eu une nouvelle réunion avec le CNT; et
- la tenue d'une session ministérielle de notre CPS, les 25 et 26 avril dernier, ainsi que d'une session extraordinaire de la Conférence de chefs d'Etat et de Gouvernement de l'UA, le 25 mai 2011.
Je me dois d'ajouter que, S.E.M. Mohamed Ould Abdelaziz, le Président du Comité ad hoc de haut niveau, est resté en contact continu avec ses homologues, ainsi qu'avec les parties libyennes et les partenaires internationaux. Par ailleurs, le Président Jacob Zuma d'Afrique du Sud a, avec l'accord du Comité ad hoc, effectué une visite en Libye, où il s'est entretenu avec le Colonel Kaddafi des voies et moyens d'une sortie rapide de crise.
La Commission de l'UA a, elle aussi, pris nombre d'initiatives dans le cadre des décisions pertinentes de l'UA, y compris: la convocation, le 31 mars 2011, à Addis Abéba, d'une réunion d'experts avec les Nations unies, la Ligue arabe, l'Union européenne et l'OCI, pour discuter de l'établissement d'un cessez-le feu, ainsi que l'exige le paragraphe 1 de la résolution 1973 (2011), et des modalités de sa surveillance; la participation, en qualité d'invité, aux trois réunions successives du Groupe international de contact sur la Libye; la poursuite d'un dialogue, qui se veut constructif, avec les partenaires internationaux, tant bilatéraux que multilatéraux.
Le Comité ad hoc de haut niveau de l'UA a saisi l'occasion du Sommet extraordinaire en Mai dernier pour interagir à nouveau avec les parties libyennes. A cette occasion, les représentants du Gouvernement de la Jamahiriya arabe libyenne, après avoir réaffirmé leur acceptation inconditionnelle de la Feuille de route de l'UA, ont présenté dans le détail le document soumis précédemment sur les "Mécanismes et moyens de mise en oeuvre de la Feuille de route de l'Union africaine".
Pour leur part, les représentants du CNT ont présenté un document intitulé "Cadre général des négociations visant à satisfaire les demandes légitimes
du peuple libyen en vue de la mise en place d'un ordre constitutionnel démocratique".
Mesdames et Messieurs,
La tenue de la session extraordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de
Gouvernement de l'UA, à un mois de la réunion ordinaire du Sommet, à Malabo, témoigne de la gravité de nos préoccupations quant à l'évolution de la situation en Libye, ainsi que de notre souci majeure de hâter la fin des épreuves endurées par le peuple libyen.
En substance, le Sommet extraordinaire:
- a réitéré la conviction de l'UA quant à la nécessité d'une solution politique au conflit actuel et, à cet égard, a fait sienne la Feuille de route de l'UA pour le règlement de la crise en Libye et marqué son plein appui au Comité ad hoc de haut niveau;
- a insisté, à nouveau, sur la nécessité d'une cessation immédiate de toutes les attaques et exactions contre la population civile, ainsi que d'un cessez-le-feu immédiat, étant entendu, et j'insiste sur ce point, qu'un tel cessez-le-feu devra être lié au processus politique, en particulier la transition inclusive et consensuelle qui doit être mise en place pour réaliser les réformes requises et déboucher sur une élection démocratique pour permettre aux Libyens de choisir librement leurs dirigeants;
- tout en réitérant l'attachement de l'UA aux résolutions 1970 (2011) et 1973 (2011), a souligné l'obligation qui incombe à tous les Etats membres des Nations unies et aux autres acteurs internationaux concernés de se conformer pleinement à la lettre et à l'esprit de ces résolutions.
Le Sommet a eu ici à l'esprit le précédent dangereux créé par des interprétations biaisées des résolutions des Nations unies et les conséquences qui en résultent pour la légalité internationale.
Comme vous le savez aussi, le Sommet extraordinaire a marqué la surprise et la
déception de l'Afrique face aux tentatives de marginalisation du continent dans la gestion d'un conflit qui le concerne au premier chef, d'autant que le rôle du Comité ad hoc de haut niveau est formellement reconnu par le Conseil de sécurité dans le paragraphe 2 de la résolution 1973 (2011) et qu'il s'inscrit dans le contexte général du Chapitre VIII de la Charte des Nations unies sur le rôle des accords régionaux dans le règlement des différends entre et au sein de
leurs Etats membres.
En outre, ainsi que je l'ai souligné plus haut, l'Afrique, en particulier les
pays de la région, est le continent qui subit le plus l'impact du conflit en Libye, tant sur le plan de la sécurité qu'en termes socio économiques. Nous ne pouvons tout simplement pas rester spectateurs des malheurs qui nous assaillent.
Nous sommes déterminés, aujourd'hui plus que jamais, à poursuivre nos efforts, animés de la même conviction quant à la nécessité d'une solution politique et à la contribution particulière que l'Afrique peut apporter au règlement du conflit qui afflige la Libye. Dans cet esprit, l'UA participera activement à la réunion prévue au Caire, ce 18 juin, entre les cinq organisations internationales concernées, pour faciliter l'élaboration d'un plan d'action conjoint afin de faire avancer la quête de la paix en Libye.
En outre, le Sommet prochain de l'UA, à Malabo, sera l'occasion pour la Conférence de l'UA de décider de la marche à suivre, à la lumière de l'évolution de la situation et du rapport que lui fera le Comité ad hoc de haut niveau.
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes ici aujourd'hui pour vous assurer de notre attachement à une solution politique inclusive, qui permette aux Libyens de convenir d'une démarche aussi consensuelle que possible pour répondre à leurs aspirations à la démocratie, à l'état de droit et au respect des droits de l'homme, aspirations dont on ne soulignera jamais assez la légitimité et la justesse.
Nous sommes ici pour dire combien il est important qu'un tel processus soit conduit et approprié par tous les Libyens, qu'ils se fassent mutuellement des concessions dans un dialogue sans conditions préalables, de façon à ce que la démocratisation de leur pays soit le résultat de leur action et du consensus auquel ils parviendront. C'est là au demeurant, et l'expérience nous
l'a maintes fois appris, la condition de la pérennité de tout acquis démocratique, et l'assurance que les déchirements fratricides entre Libyens n'auront pas de raison de s'inscrire dans la durée.
Nous sommes ici pour plaider en faveur d'une pause humanitaire immédiate, afin de répondre aux besoins pressants des populations affectées, pause qui devrait être suivie d'un cessez-le-feu lié à un processus politique, en particulier au commencement d'une transition inclusive et consensuelle.
Nous sommes ici pour réaffirmer que le règlement durable de la crise en Libye requiert une contribution significative de l'Afrique et une coordination étroite entre tous les acteurs concernés, et souligner la contribution particulière que le Comité ad hoc pourrait apporter à la recherche d'une solution pacifique au conflit en Libye, de façon conforme aux objectifs des
résolutions 1970 (2011) et 1973 (2011).
Nous sommes ici pour marquer l'engagement solennel de l'Afrique à travailler
étroitement avec ses partenaires multilatéraux, en particulier les Nations unies et l'Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Libye, dans l'esprit du paragraphe 2 de la résolution 1973 (2011) et dans le respect de la légalité internationale.
Mesdames et Messieurs,
Dans notre gestion de la crise libyenne, il est plus que temps d'articuler une solution d'ensemble qui combine judicieusement les priorités de l'heure quant à la nécessaire protection des populations civiles, l'objectif de transformation démocratique d'un pays dont le système politique n'a pas connu les évolutions institutionnelles que l'Afrique a connues en termes de gouvernance depuis le début des années 90, et la promotion durable de la paix et de la stabilité en Libye et dans la région.
Cette dynamique de changement dans la gouvernance concerne de toute évidence aujourd'hui la Libye que des réformes politiques projetteront résolument dans l'avenir.
Nous nous devons de travailler d'urgence sur le court terme, sans perdre de vue les exigences du long terme.
Nous nous devons de nous attaquer aux priorités que dicte la situation sur le terrain tout en inscrivant notre action dans le cadre d'une vision qui se projette sur la durée et qui soit fondée sur le souci de trouver des solutions durables parce que recueillant l'adhésion et le consensus de toutes les parties libyennes, sans marginalisation ni exclusion.
C'est à cette condition seulement que nous ferons oeuvre utile en Libye et que la sollicitude de la communauté internationale envers la Libye se traduira en termes de paix, de sécurité, de réconciliation et de démocratie.
L'UA, dont l'action n'est motivée que par la prise en compte objective des aspirations du peuple libyen, ainsi que des préoccupations légitimes des pays de la région quant à leur sécurité et à leur stabilité à long terme, ne se dérobera pas à ses responsabilités.
Elle sera un partenaire loyal et efficace des Nations unies et de votre Conseil, en particulier. Elle sera un ami fidèle et attentif du peuple libyen, en toutes circonstances.
L'heure est plus que jamais à l'action, à l'action concertée au service des valeurs partagées sur lesquelles notre partenariat est fondé".
je vous remercie"
