Des membres du gouvernement devant les sénateurs
Le Sénat a tenu aujourd'hui mardi une séance plénière au cours de laquelle certains membres du gouvernement ont répondu à des questions orales des sénateurs.
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Le Sénat a tenu aujourd'hui mardi une séance plénière au cours de laquelle certains membres du gouvernement ont répondu à des questions orales des sénateurs.
La première de ces questions orales, posée par le Sénateur de Fdérick, M. Djeh Ould Cheikh Saadbouh, a été adressée au ministre du pétrole et des mines, M. Mohamed El Moctar Ould Mohamed El Hacen, et portait sur le sort des habitants de Fdérick si d'aventure la SNIM, qui leur offrait d'importants services sociaux comme le transport, l'électricité et l'eau, venait à être privatisée.
Dans sa réponse, le ministre a indiqué que "la question de la vente ou non de la SNIM n'a pas encore dépassé le stade d'options envisagées pour l'amélioration de la productivité et du rendement économique et social de l'entreprise au profit du pays, des citoyens, et particulièrement les habitants de la zone". Il a parlé, de manière détaillée, de l'histoire de la SNIM, expliquant que sa production est "restée stagnante depuis un certain temps, ce qui pousse à réfléchir à une nouvelle stratégie pour augmenter sa productivité et ses capacités à soutenir la concurrence sur le plan mondial".
Le ministre a assuré que le choix qui découlera des études en cours tiendra compte de l'intérêt général et du rendement économique de l'entreprise et que, de toute façon, il nécessitera l'approbation du Parlement.
Dans leurs interventions, les sénateurs ont déclaré au ministre du Pétrole et des Mines que la SNIM constitue l'un des symboles de la souveraineté nationale, en dehors de son rôle d'élément essentiel de l'économie du pays, "ce qui rend nécessaire la présence de l'Etat aux commandes de ses politiques de développement".
De son côté, la ministre de l'Education nationale, Mme Nebghouha Mint Mohamed Vall, a répondu à une question orales des Sénateurs de Fdérick et de Tamchekett, respectivement MM. Djeh Ould Cheikh Saadbouh et Mohamed Ould Ebabecar, portant sur la déperdition au niveau de la scolarité des filles durant les dernières années, phénomènes, disent-ils, "que la stratégie du secteur éducatif n'a pas pris en comte".
Dans sa réponse à cette question, la Ministre de l'Education nationale a remercié les sénateurs de lui avoir donné l'opportunité de parler de l'éducation en Mauritanie et de ses problèmes. Elle a ajouté que, en ce qui concerne la scolarisation des filles, plusieurs remarques "doivent en effet être faites", précisant que le nombre est "cependant égal à celui des garçons au niveau du cycle primaire et dépasse les 46% au niveau du premier cycle secondaire alors que 96% des filles inscrites dans ce niveau d'étude arrivent au second cycle".
La ministre a indiqué que la phase actuelle d'enseignement en Mauritanie ne connaît pas de problèmes spécifiques aux filles ou aux garçons. Elle a reconnu qu'il y a des problèmes "posés à tous les élèves mauritaniens, garçons et filles", précisant que sur deux enfants qui entrent au cycle primaire, un seulement atteint la sixième année de ce niveau d'études et que le nombre de filles qui passent en première année du premier cycle secondaire est inférieur à celui des garçons.
Mme Nebghouha Mint Mohamed Vall a déclaré qu'il ne s'agit pas d'un problème d'accès à l'éducation mais de qualité. Elle a exhorté, à ce sujet, tous les Mauritaniens, et en particulier les parlementaires, de lui accorder l'importance qu'il faut et de lui trouver des solutions car, précise-t-elle, les difficultés de notre système éducatif se situent au niveau de l'enseignement primaire.
Elle a ajouté que les problèmes que connaît le système éducatif national proviennent, pour la plupart, de l'ouverture anarchique d'écoles au cours des dernières années, "ce qui s'est traduit par le fait que 80% des écoles primaires mauritaniennes ont des structures pédagogiques incomplètes".
C'est par cela, dit la ministre, qu'il faut expliquer la rupture, à un certain moment, entre l'enfant et l'école, expliquant qu'à cela s'ajoutent l'absentéisme des enseignants et leur abandon du secteur.
La ministre a aussi dit que la persistance d'une telle situation signifie l'existence, "pour longtemps encore, de l'analphabétisme au sein de la société mauritanienne et, partant, de la pauvreté, ce qui alourdit les investissements dans l'enseignement primaire sans la garantie de leur utilité". Elle a souligné que les problèmes de l'enseignement secondaire sont liés à la qualité de l'éducation et non à l'accès des filles à ce cycle et que la situation des filles dans ce niveau d'étude est nettement meilleure que celle des garçons.
La ministre de l'éducation nationale a annoncé que le Département planche actuellement sur une stratégie nationale pour la réforme complète du système éducatif. Pour cela, précise-t-elle, des réformes pédagogiques radicales et structurelles au bénéfice de tous les cycles d'étude, et notamment les enfants et les filles, sont en cours d'élaboration.
Mme Nebghouha Mint Mohamed Vall a ajouté que la mise en oeuvre d'une telle stratégie nécessite la participation de tous et qu'elle fera l'objet de journées de concertation qui seront organisées prochainement. Elle a expliqué que tout ce qui a été entrepris au cours des derniers mois entre dans le cadre de l'exécution des programmes et stratégies décidés en 1991 et que toutes les décisions et actions menées ont été faites en toute transparence et avec la participation de tous les acteurs, notamment les syndicats des enseignants "qui ont eu leur mot à dire à propos des critères de promotion et d'affectation".
Au cours de la même séance, la sénatrice de Nouakchott, Mme Reva Mint Ehmednalla et le sénateur de Magta Lahjar, M. Mustapha Ould Mohamed Ahmed, ont interrogé le ministre de l'agriculture et de l'élevage sur les mesures de sécurité prises par son département au sujet des médicaments et leur utilisation, ainsi que sur les dispositions prises et celles prévues dans le nord du pays qui "souffre de la sécheresse depuis plusieurs années".
Les deux sénateurs ont également souligné que la santé de l'homme est fortement liée à celle des animaux, relevant qu'un laissez aller important est constaté au niveau du marché des médicaments vétérinaires et de la pratique de la médecine vétérinaire en Mauritanie. Ils ont considéré que cela a provoqué des dégâts au cours de la dernière saison sèche dont les traces sont encore perceptibles dans le nord du pays et que les autorités ne sont pas intervenues pour alléger l'effet de ces dégâts sur les populations.
Répondant à ces questions, le ministre, M. Korera Issagha, a affirmé que le gouvernement accorde une grande priorité à la richesse pastorale. Il a ajouté que celle-ci représente 14% du PIB et que le gouvernement oeuvre actuellement à passer des textes législatifs réglementant la commercialisation des médicaments vétérinaires en vue de garantir leur sécurité.
Le ministre a passé en revue les programmes de son département en matière d'assistance aux éleveurs ayant souffert pendant l'été dernier, précisant dans ce cadre que les médicaments vétérinaires ont été distribués gratuitement aux éleveurs dans les wilayas du nord. Il a ajouté que son département met en oeuvre actuellement une politique de disponibilisation des aliments de bétail et des médicaments à des prix raisonnables dans toutes les wilayas. Une politique pour laquelle l'Etat a mobilisé le montant de 90 millions d'ouguiyas, a-t-il précisé.
M. Korera a aussi dit qu'il y a une réflexion sincère sur la possibilité de mettre en place un crédit pour les éleveurs les aidant à acquérir les aliments de bétail et les médicaments. Il a révélé une étude en cours pour la création d'un fonds vétérinaire dont la mission consiste à développer la richesse pastorale et à moderniser les modes d'élevage, en plus de la réalisation d'études de faisabilité sur l'exportation du produit d'élevage.
"Ce fonds bénéficiera de financements importants dans le cadre de ceux obtenus lors du Club de Paris", a précisé le ministre.
Les interventions des sénateurs ont notamment porté, dans ce cadre, sur l'importance de la richesse pastorale qui croît annuellement de 3,5% et couvre les besoins du pays en viandes rouges, "ce qui en fait l'unique produit que la Mauritanie n'importe pas".
Ces sénateurs ont accusé le gouvernement de négliger la richesse pastorale dans toutes les politiques passées qui l'ont traité avec un intérêt minime. Ils ont appelé à rectifier cette vision.
Le Sénateur de Tamchekett, M. Mohamed Ould Ababacar, et son homologue d'Akjoujt, M. Cheikh Ould Mohamed Znagui, ont interpellé le ministre chargé de la Décentralisation et de l'Aménagement du Territoire, M. Yahya Ould Kebd, sur ce qu'ils ont qualifié de problèmes de mal gestion au niveau des communes du pays au cours de l'année écoulée et sur la rumeur sur l'imminence d'une réforme qui suscite déjà plusieurs interrogations et doutes.
Les deux sénateurs ont également demandé au ministre si le Département "est conscient des problèmes politiques et sociaux que suscite un éventuel découpage territorial des communes et sur les mesures prises pour contrôler la gestion des communes".
Dans sa réponse, le ministre chargé de la Décentralisation et de l'aménagement du Territoire a nié l'existence de problèmes de gestion au niveau des communes du pays. Il a rappelé que son département est de création récente, avec une structure administrative et humaine encore incomplète, mais que, malgré des ressources financières limitées, il a pu entamer des actions importantes, notamment la mise en place de stratégies d'avenir pour le Département.
Le ministre a indiqué que, dans le domaine du contrôle, des missions d'inspection ont déjà visité les communes de Nouakchott et s'apprêtent à effectuer le même travail au niveau de toutes les municipalités du pays. Il a précisé que son ministère est près à tout moment à effectuer ces contrôles au niveau de n'importe quelle commune si les circonstances le demandent.
En ce qui concerne le découpage administratif, M. Yahya Ould Kebd a rappelé tous ceux que la Mauritanie a connus depuis 1907 où elle avait commencé par cinq régions, passant à dix en 1950, ramenées à huit en 1968 avant d'être portées au nombre actuel de 13 wilayas dont la capitale Nouakchott, en 1975, regroupant 216 communes. Il a indiqué que tous les découpages opérés jusqu'à présent ont répondu à des impératifs du moment, expliquant que la situation actuelle préconise de revoir ce découpage pour le rendre conforme aux conditions économiques et sécuritaires du pays ainsi qu'à la répartition démographique des populations. Celle-ci, précise-t-il, a connu, au cours des dernières décennies, des changements radicaux exigeant de faire bénéficier les citoyens des mêmes droits et des mêmes devoirs liés à la configuration administrative des zones où ils habitent.
Dans ce cadre, le ministre a indiqué qu'une étude pilote est menée dans certaines wilayas par des statisticiens neutres et que les résultats de ces travaux seront soumis aux décideurs nationaux et locaux en vue d'en retenir ceux qui conviennent pour leur généralisation au reste des wilayas du pays.
A la fin de la séance plénière du Sénat consacrée à des questions orales posées à certains membres du gouvernement, le président de cette chambre, M. Bâ Mamadou dit Mbaré, a remercié les ministres pour leur disponibilité et les réponses apportées aux questions soulevées.
A signaler que le Sénat tiendra demain mercredi une session plénière consacrée à l'examen de deux projets de loi déposés par le gouvernement et une autre session jeudi pour l'approbation de la loi de Finances pour l'année 2008.
