Entre les mécanismes du marché et la pression du Ramadan

La plupart de ceux qui vont au marché faire leurs emplettes (chefs de ménage ou mères de familles) sont formels : les prix ont atteint des seuils inégalés au cours du
La plupart de ceux qui vont au marché faire leurs emplettes (chefs de ménage ou mères de familles) sont formels : les prix ont atteint des seuils inégalés au cours du ramadan où la demande croissante sur les denrées de première nécessité a suscité l'appétit des commerçants à la recherche de gain facile. Les chefs de ménage pensent que les tentatives de l'Etat pour maîtriser les prix resteront vaines tant qu'elles ne seront pas soutenues par des sanctions dissuasives contre les spéculateurs et autres sangsues qui s'engraissent sur le dos du consommateur. L'intervention des pouvoirs publics doit, à leurs yeux, dépasser les cas marginaux, les situations saisonnières, garantir une libéralisation sociale qui respecte les mécanismes du marché, la loi de l'offre et de la demande et bien sûr le pouvoir d'achat des citoyens. Bien que le ministère du commerce et de l'industrie, à travers la direction de la protection du consommateur, se soit engagé à oeuvrer pour la stabilité des prix notamment au cours du mois béni du Ramadan, la comparaison de la liste des prix élaborée par cette direction et celle avec laquelle les commerçants vendent effectivement montre une sacrée différence entre les deux. Si la première affiche pour le kg de riz une fourchette allant de 160 à 170 UM, les marchés du Ksar et de Teyarett vendent le même kg de riz entre 180 et 200 UM. Le kg de sucre, pour sa part, coûte sur le terrain entre 180 et 200 UM alors que sur le papier il est censé valoir entre 150 et 160 UM. La petite boite de "Gloria" vaut, elle 110 à 120 UM contre les 100 UM prévues. La même liste des prix donne le kg de viande de mouton à 900/1200 UM, celle des camelins à 850/950 UM, alors que dans la réalité le prix du kg de mouton n'a pas baissé d'un iota de ses 1200 UM depuis un bon bout de temps. De même, le prix du kg de viande caméline est resté à 1000 UM. Les prix au détail dans les moughataa, à l'intérieur du même quartier, connaissent une différence ce qui a conduit les citoyens à venir nombreux assiéger les 30 boutiques ouvertes par la Sonimex en dépit du fait que l'éventail des produits vendus par celle-ci soit limité ainsi que le révèle Mme Khadijetou Mint Semenkou qui a déclaré qu'elle est venue juste pour acheter le minimum censé répondre à ses besoins vitaux. La cherté des prix, poursuit-elle, ne lui a laissé d'autre choix que d'attendre des heures afin d'acheter 5 kg de sucre, des pommes de terre et du lait. En ce qui le concerne, le citoyen Cheddad Ould Brahim a déclaré que les quantités rendues disponibles par la Sonimex sont insuffisantes et ne correspondent ni à l'effort ni aux longues attentes des citoyens demandant au passage de mieux achalander les boutiques Sonimex. Mme Salka Mint Ahmed Labeid a, quant à elle, mis en doute le fait que tous les produits soient exclusivement vendus aux citoyens relevant que certaines denrées sont cédées aux commerçants par d'autres voies et appelant à davantage de contrôle de ces boutiques. Sa voisine dans la file a, pour sa part, mis l'accent sur l'importance de cette initiative prise par l'Etat. Toutefois, la plupart des clientes de la Sonimex au Ksar sont indignées par l'intervention des notables et la concurrence qu'ils font aux pauvres et aux démunis. Lematy Mint Hamady, directrice de la protection du consommateur a, de son côté, souligné que l'Etat, en dépit du régime libéral au sein duquel les prix sont fixés par le jeu de l'offre et de la demande, garantit néanmoins un système d'approvisionnement des marchés et empêche le désordre dans le marché ainsi que la spéculation à travers un certain nombre de mesures organisant celui-ci niant l'existence de tout désordre ou monopole durant le ramadan. La directrice de la protection du consommateur a précisé que sa direction dispose d'équipes réparties entre les moughataa de la capitale et les villes de l'intérieur qui ont pour mission de s'assurer de l'approvisionnement des marchés en denrées de 1ère nécessité de qualité avec les garanties sanitaires et s'assurent aussi que les commerçants, à tous les niveaux, vendent avec une marge de bénéfice raisonnable, loin de tout monopole et de toute spéculation. Et de relever que l'Etat est intervenu, en plus de campagnes ponctuelles, menées ici et là, lorsque des abus sont signalés en fermant certaines boutiques qui ont dépassé notamment la marge de bénéfice prévue. Elle a ajouté que les agents de la direction sont sur place dans toutes les moughataa de Nouakchott et renseignent la direction quotidiennement au sujet de toute hausse de prix de quelque denrée que ce soit et que la direction supervise de concert avec les grands importateurs l'approvisionnement régulier du marché par ces derniers qu'elle engage à présenter des factures de la part de son fournisseur et une attestation de qualité de la marchandise afin de déterminer la marge de bénéfice non seulement du grand importateur mais aussi du détaillant relevant que l'approvisionnement normal du marché fait que les prix ont tendance à se stabiliser. M. Mohamed Lemine Ould Haless, président de la coordination nationale des associations de consommateurs a indiqué, lui, que le rôle de ces associations doit viser la prise de conscience et l'information du citoyen et la contribution à la formation et à l'ancrage d'une culture du consommateur qui en fait un défenseur de ses droits lui-même sans attendre l'action des associations. Et de mettre la faiblesse de l'activité de ces associations sur le compte du manque de moyens et de l'absence d'appui de la part des autres partenaires concernés par la consommation. Le président de la coordination des associations de consommateurs a demandé de réviser le cadre légal considéré comme limitant la création des associations, de ne pas se suffire à l'existence d'une seule association par moughataa comme c'est le cas actuellement et d'ouvrir les medias à ce genre d'associations pour entreprendre des campagnes mensuelles pour sensibiliser le citoyen et favoriser une culture du consommateur en plus de l'insertion la défense du consommateur dans les programmes scolaires. Il convient tout autant, dit-il, d'impliquer les organisations de consommateurs dans la concertation en cours entre l'Etat et les commerçants et de prévoir une subvention annuelle aux profit de ces associations garantissant à celles-ci de pouvoir mener leurs activités mais aussi de les faire représenter dans les conseils d'administration des entreprises dont l'activité intéresse le consommateur (Sonimex, Somelec, Somagaz, SNDE etc.) M. Ould Haless a encore noté que les associations qu'il représente ont adressé une lettre au Premier ministre demandant leur implication dans les conseils d'administration et au Conseil Economique et Social, sans réponse jusque là. Il a enfin précisé qu'il est de l'intérêt de l'Etat d'avoir des associations de consommateurs dynamiques et efficaces pour faire face aux pressions de la mondialisation et à l'inondation des marchés par des produits qui nuisent à l'économie et à la santé des populations.

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Mis à jour le 24/10/2026 00:02